- Ils étaient nombreux les artistes, des barbus, des rasés de pré, des visages connus, des sommités escortés par leurs filles, des quinquagénaires trop confiants et narcissiques...animaient la salle à peine suffisante pour contenir leurs auréoles planétaires. Boughmiga biglait la foule, distrait, fatigué par le long voyage mais rafraîchis par la blancheur et la beauté des quelques femmes présentes. Personne ne fit attention à lui, ce nouveau membre aux allures compagnardes, qui s'attendait à être reçu et présenté dans un geste de reconnaissance, d'accompagnement et de soutien. Déçu, il commença à regarder dans la foule s'il reconnaîtrait quelqu'un, en vain. Pourtant, son art est désormais connu mondialement et retenu comme référence en la matière. Il est parmis les rares eco artistes du tiers monde qui a fait ses preuves dans le land art, le pop art, l'assemblage et le recyclage artistique. (Rideau)
- Puisqu'il n'a pas toujours l'occasion de "monter" à la capitale, Boughmiga passa à la maison de la poésie, cachée dans un labyrinthe de ruelles sinueuses et froides, il l'a trouvée difficilement. En réponse à la gentille secrétaire, il déclara : Je viens faire sortir la poésie de sa maison prison, des ses manuscrits, des livres, ...comme j'essaie de faire libérer l'art des cadres restreints, des tableaux contraignants...et les faire revenir à leur espace commun la nature. (Rideau)
- Excédé, Boughmiga se dirigea de pied ferme vers les buildings de l'écologie, au moins la bas, il sera bien accueilli et reconnu, car c'est bien lui le premier qui ramassa le plastique dans le pays, nettoya périodiquement 150 Km de plages pendant 16 ans, obtint un record Guinness, sauva des tortues, des oiseaux, des dauphins, créa un musée écologique "mémoire de la mer", son film "sacrées bouteilles" fit le tour du monde... Aussitôt arrivé, Boughmiga, trouva la "maison clause" avec une pancarte virtuelle sur laquelle on peut lire "mise à niveau". Déjà !!!! (Rideau)
- Cette fois, Boughmiga reprit son esprit et dit : "Home sweet Home", je vais à mon Office, mon employeur, ma référence, ma raison d'être, le métier que j'avais choisi, où j'ai commencé très bas en solidarité avec le prolétariat, bien sur, d'autrefois...Alors il se pointa, nom, prénom, matricule, grade, 32 ans de service, comptable avant d'entrer commis dans cette administration, beaucoup de capacités de synthèse et de création, important pour la transition, il expliqua qu'il sait, qu'il connaît...et à la fin on lui avait dit : STOOOP, on sait que tu connais, c'est pour cela qu'on te laisse cloué. (Rideau)
- Furieux, enragé, Oedipe rejeté par sa madre, se dirigea vers son parti politique et devant la tour verticale, vitré et glaciale, il se sentit tout petit et cru entendre : " Tu viens d'aussi loin, hein, pourquoi tu ne reste pas dans ton patelin, hein " (Rideau)
-Boughmiga le néanderthalien, repris son esprit, et se dirigea en catastrophe vers la pagode de la culture, où on le prit pour un libyen à cause de son accent Zarzissien. (Rideau)
-Au passage, étant correspondant depuis longtemps, il passa voir un journal de la place, où on le cloua sur place d'ingratitude et de refus. (Rideau)
Ainsi passa Boughmiga, la journée à errer dans la capitale sans trouver le moindre accueil, ni chaleur, ni les mots justes nécessaires à une communication humaine. C'est alors qu'il se rappela et interpella un ami de longue date et autour d'un café, après que Boughmiga eut raconté ses méandres de la journée, l'ami lui dit : " Espèce de cafard, qu'est ce que tu viens foutre ici, déserteur de ton bled, brûleur d'étapes, Fellag, intrus, Jabri, pique assiettes, Zkim, .... Casses toi, rentres dans ton Douar et ne parle plus d'art et de foutaises qui te dépassent. "
Et sous le fou rire, le brouhaha de l'extériorisation, Boughmiga se rappela, comment pendant le début du siècle, lors des épidémies et les famines, les razzias, les grandes villes fermaient leurs portes aux réfugiés et aux malades et les laissaient mourant devant les tours. Personne n'ouvrait les portes, ni amenait des soins ou de la nourriture, ni les gens des divers cultes, ni les constables ni les autorités coloniales. Seuls quelques ouvriers anarchistes Français et Italiens, brisaient la quarantaine et secouraient les pauvres au risque de leurs vies et la répression de la loi.
Maintenant, il n y a plus de grandes portes à Bab Jebli, Bab Diwan, Bab Assel, Bab El Khadra, Bab Bhar, Bab Bnet, Bab Aliwa, Bab el Fella.... Mais dans les esprits, dans la mémoire collective, dans les séquelles administratives, dans les préjugés et les égocentrismes, ces portes sont encore cadenassés d'une façon ou d'une autre aux visages des paysans.
Lihidheb mohsen
Eco artiste 13.12.07
4170 Zarzis TN




